Comment trouver son équilibre pour s’investir sans tomber dans l’épuisement professionnel ?

Les journaux en font leurs gros titres : l’épuisement professionnel est un phénomène bien présent dans l’entreprise. Mais attention, soulignent les experts, la responsabilité n’en incombe pas aux seuls employeurs ! Certes, une pression excessive et durable, la surcharge chronique de travail, le changement permanent et l’incertitude croissante sont des facteurs aggravants. Pour autant, dans un même contexte, certains tiennent le coup tandis que d’autres s’effondrent. Et même dans des environnements réputés peu exigeants, des collaborateurs se surinvestissent au point de finir par s’écrouler.

De fait, les psychologues montrent que certaines personnalités sont plus à risque que d’autres. Or, souvent ces personnalités sont précisément celles qui sont le plus valorisées dans l’entreprise ! Les collaborateurs qui s’impliquent totalement, ne comptent pas leurs heures et s’approprient les objectifs de l’entreprise… ne sont-ils pas ceux sur qui on gagne à s’appuyer ? D’ailleurs, l’entreprise sait récompenser leur investissement : elle leur confie volontiers des défis stimulants, les promeut à un rythme accéléré… Chacun donc semble y trouver son compte.

Cette vision de la performance est néanmoins une vision à court terme. À s’investir sans tenir compte de ses limites, on entre facilement dans un engrenage insidieux et destructeur. Insidieux, car travailler sous tension engendre la production d’hormones – adrénaline, cortisol… – qui nous « dopent » et nous donnent un sentiment de surpuissance et d’infaillibilité. Destructeur, car si l’organisme ne récupère pas suffisamment après ces périodes de stress, les glandes surrénales finissent par s’épuiser. Fatigue extrême, difficultés de concentration et de mémorisation, problèmes de sommeil et d’appétit ainsi que douleurs   musculo-squelettiques en sont les conséquences physiques. Irritabilité, intolérance vis- à-vis des autres, isolement croissant et souvent dépression en sont les répercussions psychologiques.

Ce tableau est noir. Beaucoup de managers et dirigeants performants penseront qu’il ne les concerne pas. À tort… Parmi les collaborateurs les plus performants, on estime qu’un sur cinq montre des signes d’un tel épuisement. Savoir gérer son énergie en marathon plutôt qu’en sprint est donc un sujet de performance que chacun devrait mettre à son ordre du jour.

Burnout : êtes-vous à risque ?

L’enjeu

Ainsi, les personnes les plus valorisées dans l’entreprise sont aussi les plus susceptibles de « craquer » un jour. Sont particulièrement à risque les « hauts potentiels » : 20 % d’entre eux montrent des signes d’épuisement avéré ! De même, les plus motivés, les plus impliqués, ceux qui ne ménagent pas leurs efforts, bref, les plus précieux pour l’entreprise, sont les plus sujets à une baisse soudaine de performance et de motivation. Être vigilant, à la fois pour soi et pour les autres, est donc une mission essentielle du leader.

Le phénomène de burnout survient lorsque certains types de personnalités sont confrontés à un environnement durablement exigeant. Il est essentiel d’en guetter les signes avant-coureurs pour éviter une dérive difficile à rattraper.


Voici une check-list à passer en revue régulièrement


 

” Je n’en peux plus. Je n’arrive plus à m’intéresser à mon travail. Je sais que je devrais m’y mettre. Il y a des tas de choses à faire. C’est même pour ça qu’ils m’ont confié ce poste ! Mais j’ai juste l’impression de ne plus pouvoir y arriver ”

Ce cri du cœur du vice-président d’un grand groupe, à la carrière jusque-là fulgurante, est emblématique de ce qu’est l’épuisement professionnel. Un phénomène dont l’article de la Harvard Business Review « When Executives Burn Out », d’où est extraite cette citation, met en évidence l’existence à tous les niveaux de l’organisation.

L’effondrement physique et psychologique qui caractérise le « burnout » n’est pas seulement le fait d’environnements déraisonnablement exigeants ou de personnalités fragiles. Il survient très souvent chez des personnes qui ont un historique de performance et de succès, mais que les comportements mêmes qui ont permis ces succès mettent en danger. On retrouve chez ces personnes quelques traits caractéristiques sur lesquels nous reviendrons, cinq comportements clés permettant de nous investir pleinement sans risquer l’épuisement.

  1. Connaître son identité personnelle
  2. Être à l’écoute de soi
  3. Oser demander de l’aide
  4. Focaliser son action
  5. Savoir se régénérer

 

En Avril, dans notre prochaine newsletter, nous reviendrons point par point sur ces 5 comportements. Mais d’ici là, et puisque nous sommes les seuls responsables de nos propres besoins fondamentaux, nous pouvons commencer à nous interroger sur nous-même, en passant en revue régulièrement les 4 questions suivantes, pour ne pas confondre notre identité et notre travail :

  • En dehors de mon travail, quelles sont mes raisons d’exister ? Que refuseriez- vous de sacrifier pour votre travail ? Votre façon de vivre est-elle cohérente avec ce qui est important pour vous ?
  • Quelles sont mes motivations à occuper ce poste ? Quels objectifs personnels vous permet-il d’atteindre ? Quels aspects de votre personnalité vous permet-il de valoriser ? Pourriez-vous atteindre les mêmes objectifs par d’autres moyens ?

  • Que signifie pour moi la « réussite professionnelle » ? Avez-vous défini vous-même vos critères de succès ? Êtes-vous lucide sur votre besoin de reconnaissance ? Comment vivriez-vous l’échec ?
  • Quels sont mes objectifs personnels à moyen/long terme ? Votre activité actuelle contribue-t-elle à les atteindre ?

« Accepter sa part de responsabilité, même lorsque des circonstances externes jouent un rôle important, est un prérequis à l’apprentissage. » High Flyers, Morgan W. McCall Jr., Harvard Business School Press, 1998.

A la lumière de cette proposition, nous vous souhaitons un très agréable mois de Mars.

Notre Prochaine NL du mois d’Avril 2016 : “S’investir sans craquer : les 5 comportements clés”

 


 

NOS SOURCES

Manageris : www.manageris.com

Learning from Burnout : Tim Casserley, David Megginson, éd. Butterworth-Heinemann, 2009.

Manage Your Energy, Not Your Time : Tony Schwartz, Catherine McCarthy, Harvard Business Review, oct. 2007.

When Executives Burnout : Harry Levinson, Harvard Business Review, juillet 1996.