Du leader héroïque au leader authentique…

Le leadership, du fait la notion de pouvoir associée, est l’objet de bien des fantasmes. Plus ou moins consciemment, nous avons tendance à idéaliser le leader comme un héros : un être situé au-dessus de la mêlée, imperméable au doute et à l’angoisse, qui connaît la voie à suivre et peut ainsi façonner l’avenir en conduisant son entourage à triompher de l’adversité

Or la réalité est tout autre. Il ressort d’une étude conduite auprès de dizaines de présidents et directeurs généraux d’entreprises de premier plan que, bien éloigné des idées reçues, le leadership s’avère requérir une grande lucidité sur ses propres limites, bien plus proche de l’humilité que d’un esprit de conquête arrogant.

Prendre conscience de la réalité du leadership est indispensable pour éviter les écueils qui guettent les plus brillants et les plus motivés pour réussir. Ces personnalités ont notamment tendance à vouloir préserver leur image de succès, ce qui peut aisément les conduire à l’aveuglement. L’illusion qu’un leader serait infaillible et omniscient ne fait ainsi que renforcer ce travers.

  • Adoptez une posture d’optimisme lucide. S’ils savent se focaliser sur leur vision, les leaders veillent pour autant à ne pas ignorer les réalités qui les dérangent.

  • Cultivez l’humilité. Reconnaître ses propres limites pour pouvoir y pallier est une condition décisive de succès sur la durée.

  • Osez vous en remettre aux autres, que ce soit pour guider votre propre développement ou pour réussir dans vos projets.

 

La figure du leader : un idéal trompeur

Plus de la moitié des entreprises qui dominaient leur marché en 1955 le dominaient toujours en 1990. Mais les choses ont bien changé ensuite : plus des deux tiers des principales entreprises de 1990 n’existaient plus en 2004 !

Dans un contexte aussi mouvant, qui nécessite hyper réactivité et capacité d’innovation constante, les entreprises cherchent plus que jamais à développer des leaders. À leur tête, mais aussi à chaque niveau de l’organisation, elles ont besoin de personnes qui sauront conduire le changement et s’adapter à des problématiques constamment renouvelées. Bonne nouvelle : cela répond aux aspirations personnelles de nombreux managers !

Malheureusement, beaucoup se brûlent les ailes dans cette quête. L’analyse de ce phénomène montre que l’une des principales causes de ces échecs répétés est une idéalisation excessive de l’image du leader. L’image du leader proche d’un « super- héros » est en effet très répandue. Or elle conduit à deux écueils. Certains baissent les bras, découragés devant l’ampleur de la performance à atteindre, et renoncent à endosser un rôle de leader. D’autres s’efforcent de copier les comportements de ce leader idéalisé, s’éloignant de leur identité et de leurs véritables points de force.

Trois grandes caractéristiques sont généralement prêtées aux leaders, qui se révèlent en réalité une perception erronée de ce qui fait le leadership et conduisent à ces comportements inadaptés :

UN VISIONNAIRE, CAPABLE DE CHANGER LE COURS DES CHOSES ?

L’une des caractéristiques les plus fréquemment associées aux leaders est leur côté visionnaire. Le leader idéal est réputé façonner l’avenir en conduisant ses équipes contre vents et marées vers des terres inconnues que lui seul sait voir. On le suppose capable pour cela de transformer radicalement le cours des choses, au moyen de discours mémorables, d’une capacité d’innovation inégalée, ou encore de décisions audacieuses…

Or peu de personnes s’estiment dotées d’une telle capacité de vision et d’une telle audace. Ce faisant, elles tendent à renoncer à briguer des responsabilités qui les exposeraient à devoir adopter des comportements avec lesquels elles ne se sentent pas du tout à l’aise, au risque de se mettre en échec. D’autres se mettent au contraire à prendre des risques excessifs par souci de devoir assumer leur position de leader.

Bien à tort, l’image du leader imperméable à l’adversité part d’une mauvaise conception de l’optimisme. En réalité, la capacité des leaders à tirer leurs équipes vers l’avant repose certes sur la conviction qu’ils peuvent influencer le cours des choses, mais aussi sur une lucidité sans concessions sur la réalité. Si les leaders triomphent de l’adversité, ce n’est pas parce qu’ils sont dotés d’une capacité à imaginer un avenir positif qui leur donne le courage de prendre des risques élevés. C’est parce qu’ils savent reconnaître les difficultés et se donner les moyens de s’y adapter au mieux.

UNE PERSONNALITE SURE D’ELLE, SANS DOUTE NI ANGOISSE ?

À cette image du leader visionnaire, on associe volontiers celle d’un conquérant sûr de lui, à l’abri du doute et de la peur. Cela conduit souvent à l’idéaliser comme un individu exceptionnellement doué, affranchi de la plupart des faiblesses ou vulnérabilités dont nous sommes l’objet. Cette image constitue à la fois un frein à l’ambition des leaders en devenir, et un obstacle au succès. En fait, même les leaders les plus accomplis sont soumis à leurs propres faiblesses et anxiétés. En réalité, ils sont parmi ceux qui connaissent les inquiétudes les plus intenses, du fait des risques qu’ils prennent et des nombreux moments de vérité auxquels ils sont confrontés. Leur force réside non pas dans l’absence de faiblesses ni de peur, mais dans leur capacité à assumer leurs vulnérabilités et à agir en dépit de leurs anxiétés.

UNE PERSONNALITE AUTONOME, CONSTRUITE SANS L’AIDE DES AUTRES ?

En cohérence avec l’image du visionnaire conquérant et sans crainte, l’imaginaire collectif voit dans le leader un être indépendant, au-dessus de la mêlée. Lorsqu’il interagit avec son entourage, ce serait pour exposer sa vision et indiquer la voie à suivre. Là encore, cette image est trompeuse. Elle incite à une posture d’indépendance qui peut facilement virer à l’autocratie. Au contraire, c’est précisément l’humilité de s’en remettre aux autres qui a permis le succès de la plupart des grands leaders. Jim Owens, président de Caterpillar, raconte comment son début de carrière lui a enseigné cette leçon sans ambiguïté. Après avoir travaillé d’arrache-pied, mais de façon isolée, pendant 6 mois sur un projet, il a vu celui-ci rejeté malgré son potentiel. Il a alors pris conscience qu’avoir des idées brillantes ne le mènerait pas loin s’il n’apprenait pas à écouter les autres : il en a fait un point clé pour la suite de sa carrière.

Pour développer son leadership, il est donc capital de s’affranchir de l’image du leader héroïque, qui fournit un modèle erroné. Les experts invitent en particulier à développer trois caractéristiques qui en sont bien éloignées et sont déterminantes de la capacité d’agir en leader :

Agir avec lucidité et optimisme – Avoir la force d’accepter ses vulnérabilités –  Se construire et construire son succès avec les autres.

1- Combiner lucidité et optimisme

 Contrairement à ce que pourrait laisser penser l’image d’un leader visionnaire tourné vers l’avenir, les grands leaders sont des personnes particulièrement conscientes de l’environnement qui les entoure. C’est leur aptitude à capitaliser au mieux sur cet environnement, qu’il soit favorable ou défavorable, qui leur confère la capacité de façonner l’avenir. Cela nécessite avant tout de combiner avec une forme d’optimisme une qualité qui leur est peu reconnue : la lucidité.

  • Asseoir son ambition sur sa lucidité : Les leaders sont réputés avoir la conviction qu’ils peuvent changer le cours des choses. Ceci est vrai, mais seulement partiellement. Les grands leaders sont en effet naturellement enclins à innover et à relever des défis. Mais ils ne vont pas jusqu’à croire qu’ils peuvent modifier les éléments qui sont hors de leur contrôle. Ils excellent au contraire à dresser un constat lucide de la réalité, à partir duquel ils construisent une vision optimiste et réaliste de comment ils veulent façonner l’avenir.
  • Se montrer déterminé et réaliste : À une vision sans concession de la réalité, les leaders combinent une focalisation permanente vers les buts qu’ils se sont fixés. Ils se distinguent ainsi par leur constance et leur détermination. À cette détermination s’ajoute la capacité de ne pas se laisser distraire de leur objectif. Ces leaders savent en particulier prendre du recul sur les impulsions suscitées par leurs émotions. Ainsi, ils ne renoncent pas à la suite d’une déception, et ne changent pas non plus leur fusil d’épaule sous le coup de l’enthousiasme procuré par une bonne surprise ou une nouvelle idée brillante.
  • Avoir confiance avec prudence : Ambition et détermination peuvent parfois se confondre avec entêtement et aveuglement. Pour éviter cette dérive, les grands leaders gardent en permanence à l’esprit qu’ils peuvent se tromper. Ils veillent ainsi à effectuer des choix qui tiennent compte de la possibilité d’une erreur ou d’une évolution inattendue de la situation.

2- Avoir la force d’accepter ses vulnérabilités

Les personnalités les plus prêtes à s’investir pour accéder à de hautes responsabilités sont généralement peu enclines à reconnaître leurs faiblesses que ce soit aux yeux des autres ou en leur for intérieur. Cet attachement à préserver son image de soi est renforcé par l’illusion qu’un leader se doit d’être infaillible. Or il constitue un obstacle majeur au développement du leadership, car cette attitude prive d’opportunités d’apprentissage décisives.

En réalité, les leaders les plus accomplis sont ceux qui assument pleinement leurs limites.

  • Accepter ses faiblesses avec sérénité : Les leaders ont sur eux-mêmes un regard similaire à celui qu’ils portent sur leur environnement : à la fois lucides, donc conscients de leurs limites, et tournés vers les possibilités, ce qui les conduit à assumer leur personne sans complexes. Cette posture est précieuse. Elle leur permet d’être ouverts aux critiques et d’accepter leur part de responsabilité dans les erreurs, nourrissant ainsi leur apprentissage. Elle leur permet aussi d’agir en connaissance de cause, en particulier en s’entourant de conseillers compensant leurs travers. Elle favorise enfin le développement de leurs collaborateurs : en osant reconnaître ouvertement leurs limites ou erreurs, ils encouragent une attitude d’ouverture et de progrès.
  • Placer ses peurs et ses émotions au service de ses objectifs : Un leader est confronté à une telle multitude de situations ou d’informations qu’il est exposé, dans une même journée, à éprouver de l’anxiété, de la solitude, de la frustration, de la plénitude et un sens de grandeur. Gérer cette diversité et cette intensité d’émotions est un véritable défi, auquel est rapidement confronté tout nouveau leader lors de ses premiers postes à responsabilité. Il est alors tentant de s’imperméabiliser à ses émotions, de les considérer comme une nuisance dont il faut s’abstraire pour développer la capacité de garder la tête froide, afin de décider de façon rationnelle en toute circonstance. Grave erreur ! En effet, les émotions sont riches en information : reflet de l’intuition, elles fournissent des indices précieux sur ce que pense vraiment son interlocuteur, sur le degré de confiance à accorder aux conclusions d’une analyse, etc. Tout l’enjeu consiste ainsi à cultiver sa sensibilité à ses ressentis, sans se laisser dominer par les impulsions qu’ils suscitent. Pour cela, une clé réside dans la détermination mise à atteindre un objectif perçu comme essentiel – prioritaire sur toute autre motivation. Avoir clairement et constamment cet objectif en tête permet en effet de garder le cap en dépit des pulsions de ses émotions.
Intelligence émotionnelle et leadershipsans-titre

3- Construire son succès avec les autres

Les leaders ne construisent par leur réussite strictement par eux-mêmes : ils ont appris à s’en remettre aux regards, avis et initiatives des autres, tant pour le développement de leurs capacités que pour la mise en œuvre de leurs projets.

  • S’appuyer sur des conseillers : Conscients de leurs limites, les leaders veillent à écouter avec attention l’opinion de ceux qui peuvent leur apporter les éclairages qui leur font défaut. Leur temps étant bien sûr limité, ils veillent à s’entourer de mentors et de conseillers soigneusement choisis. Se tourner vers un mentor, une figure au parcours inspirant, hors lien hiérarchique, peut être particulièrement bénéfique pour un leader en devenir. Cela crée l’opportunité d’une relation dans laquelle les enjeux d’ego, de comparaison ou de pouvoir sont minimisés, et facilite ainsi des échanges sincères et ouverts.

 


Ainsi, penser que les émotions n’ont pas leur place dans la vie professionnelle et doivent être soigneusement réprimées est une grave erreur.

Au contraire, elles constituent non seulement une source d’enseignements précieuse, mais également un formidable levier de mobilisation, tant pour soi-même que ses équipes.

Au fondement de la capacité à tirer le meilleur parti de ses émotions se trouve la conscience de soi : c’est elle qui permet de prendre conscience de ses émotions, c’est donc elle qu’il convient de travailler en premier pour intégrer davantage ses émotions dans son style de leadership.

Et vous ! A la veille de cette nouvelle année qui approche à grands pas, que souhaitez-vous initier et entreprendre sur les sujets de « votre intelligence émotionnelle » et de « votre comportement » pour affirmer encore plus votre leadership en 2017 ?

Si vous ne savez pas par quoi commencer… nous sommes là pour vous aider.